Un regard sur le Japon à travers Portrait éphémère du Japon de Pierre-Elie de PIBRAC

Depuis le 20 septembre dernier, une nouvelle exposition est proposée au Musée national des arts asiatique – Guimet. Il s’agit d’une exposition de photographies, Portrait éphémère du Japon de Pierre-Elie de PIBRAC, que nous avons eu la chance de rencontrer lors du vernissage presse. A voir jusqu’au 15 janvier 2024.

Portrait éphémère du Japon se compose de deux séries de photographies de Pierre-Elie de PIBRAC, Hakanai Sonzai (que l’on peut traduire par je me sens moi-même une créature éphémère) et Mono no Aware (que l’on peut traduire par douce mélancolie des choses). La 1ère est une série de portraits en couleur de Japonais, accompagnés pour certains de QR codes vous permettant d’accéder à des podcasts explicatifs par le photographe lui-même, donnant le contexte et la signification de la photographie ; la seconde est une série de photographies en noir et blanc imprimées sur du papier washi fabriqué par un artisan de Kyôto ! J’ai d’ailleurs eu un coup de cœur pour la série Mono no Aware, inspirée par les ukiyo-e, car le rendu du tirage en noir et blanc sur du washi est sublime. Sur cette série en particulier, Mono no Aware, Pierre-Elie de PIBRAC m’explique que cela a été compliqué à faire car initialement il souhaitait un tirage argentique pour les photos en noir et blanc, à la gélatine et cela ne fonctionnait pas. Il a essayé d’autres techniques d’impression argentique, sans succès. Finalement, il est revenu à la modernité avec le tirage numérique ! Ce qui est un avantage car l’encre utilisée aujourd’hui en impression numérique est durable. Le seul danger pour conserver ces impressions sur papier washi, c’est l’exposition au soleil !  Quoiqu’il en soit, Mono no Aware, série en noir et blanc représentant paysages et nature morte, contraste fortement avec la série Hakanai Sonzai, en couleur et représentant des personnes.

Mono no Aware de Pierre-Elie de Pibrac ©Japan Exclusive

Si Pierre-Elie de PIBRAC choisit le Japon pour sujet de photographie, c’est dans le cadre d’une trilogie sur la place de l’individu dans le corps social, initiée avec Cuba en 2016 et qui s’achèvera avec Israël en 2024. Profitant de sa présence lors du vernissage de l’exposition, je lui demande ce qui l’a motivé à s’intéresser au Japon ?

« C’est une trilogie qui comprend Cuba, le Japon et Israël. Ce qui m’intéressait c’est que ce sont trois pays extrêmement différents, aux cultures très uniques dans le monde, dont on entend beaucoup parler, qui ne sont pas très grands et qui sont géographiquement positionnés dans un univers assez complexe avec les pays qui les entourent. Ça m’intéressait d’aller à la recherche de personnes qui souhaitaient s’exprimer, qui étaient profondément amoureuses de leur pays mais qui avaient une volonté de s’exprimer parce qu’elles se retrouvaient un moment donné dans leur vie en confrontation avec des règles sociétales, avec des questionnements intérieurs qui devenaient beaucoup trop forts. Je me suis dit que c’était l’occasion d’aller les voir et que ma présence pourrait leur servir de catharsis ou d’intermédiaire qui pourrait leur permettre de passer le cap de l’expression. C’est donc un projet très anthropologique et social. Après… le projet a été imaginé dès 2016, et pas forcément dans cet ordre-là. (…) Au Japon, [ce qui m’intéressait] c’est vraiment la culture et la puissance de la nature, à quel point cette nature a imposé la société japonaise. Et comment cette société si unique au monde s’est organisée de cette manière pour survivre dans une nature aussi imposante, dans le sens où au Japon il y’a cette notion de l’éphémère, de la vanité de l’impermanence des choses. ».
Pierre-Elie de PIBRAC

Pierre-Elie de PIBRAC, né en 1983 et devenu photographe après des études supérieures à l’EDHEC, a donc voyagé au Japon plusieurs mois en immersion. Plus surprenant, il a effectué ce voyage, avec femme et enfants, entre décembre 2019 et août 2020, soit en pleine pandémie de coronavirus ! Il est alors étonnant qu’il ait pu approcher des Japonais, sachant qu’il ne parle pas la langue japonaise. D’autant que ce qui l’intéressait, c’étaient des individus ayant une histoire singulière tels que des hikikomori, rescapé de Fukushima etc… Il nous explique alors qu’il a eu pour avantage de s’ouvrir beaucoup sur lui-même, et le fait d’avoir été sur place avec sa femme et ses enfants a beaucoup aidé. Un autre avantage sur place a été son assistante personnelle, Chiyoko, qui l’a aidé à contacter des personnes pour son projet. En visitant l’exposition, vous remarquerez que des objets sont également exposés en vitrine.

Partie des ouvrages qui ont préparé le photographe au Japon, Portrait éphémère du Japon ©Japan Exclusive

Le photographe est en effet parti en s’étant préparé à la société japonais grâce à de nombreuses lectures, des romans comme des essais, mais vous verrez aussi d’autres objets comme des appareils photo jetables et des notes en japonais (traduites en français). Il a en effet envoyé à ses sujets un carnet de note avec un appareil jetable, ce qui a également contribué au succès de son projet.

Détail de Les disparus de la forêt d’Aokigahara, Pierre-Elie de Pibrac ©Japan Exclusive

Comme évoqué plus haut, ne manquez vraiment pas de scanner les QR codes présents sous certains portraits de la série Hakanai Sonzai car les explications du photographe sont très intéressantes pour raconter la symbolique du portrait qu’il a réalisé donnant un contexte voire une référence à la culture japonaise. Par exemple, le portrait Hommage à la Balade de Narayama évoque cette légende sur ces personnes âgées partant en montagne pour se suicider dans un contexte de famine, quand Exposer la vulnérabilité évoque un lien avec l’art du kintsugi pour symboliser le questionnement intérieur de la femme photographiée. Ou Les disparus de la forêt d’Aokigahara, une forêt tristement médiatisée il y’a plusieurs années à cause d’un youtubeur américain malintentionné, dont le photographe explique ce que représente le fil rouge tenu par la femme.

  • Portrait éphémère du Japon, Pierre-Elie de PIBRAC, du 20 septembre 2023 au 15 janvier 2024 au 2ème étage du Musée national des arts asiatiques – Guimet, 6 place Iéna 75116 Paris.

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