Sensibiliser au DON D’ORGANE au Japon : une nécessité ?

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La semaine passée, une agence de publicité avait dévoilé une publicité mettant en scène des peluches abimées dans le but de sensibiliser au don d’organe, que nous vous avions relayé sur Twitter. Mais pourquoi donc le don d’organe semble si tabou au Japon ?

Cette vidéo montrant des peluches abimées, amputées, retrouver une 2ème vie grâce à une greffe d’une autre peluche a fait beaucoup de bruits la semaine passée. La raison ? Derrière des images mignonnes, il s’agit d’une campagne pour sensibiliser les citoyens à faire dons de leurs organes. Une démarche récente dans l’histoire du pays, puisque c’est seulement à partir de 1997 que le gouvernement a légiféré sur cette question. En effet, jusqu’alors la transplantation demeurait une pratique taboue, tant qu’après la 1ère greffe cardiaque réalisée au Japon en 1968, un exploit médical le receveur ayant survécu 83  jours après la greffe, cette opération a été le sujet de vives polémiques,  certains n’hésitant pas à accuser le chirurgien de criminel car le cœur avait été prélevé sur un individu en état de mort cérébrale, certains à l’époque estimaient que le diagnostic de mort cérébral du donneur était erroné . Et c’est cela qui est tabou car la conception de mort cardiaque et de mort cérébrale s’opposent au Japon, les japonais ayant tendance à ne considérer que la mort cardiaque, une conception qui découle du shintoïsme qui refuse aussi catégoriquement le moindre prélèvement d’organes après le décès. Deux idées fermement ancrées dans l’inconscient des japonais et qui posent problème pour des greffes, surtout lorsqu’on est en attente d’un organe. Ainsi, c’est grâce à cette loi de transplantation d’organes de 1997 que le pays reconnaît légalement l’état de mort cérébrale, et par conséquent la possibilité de prélever un organe. Une possibilité seulement, puisque pour prélever un organe sur un patient en mort cérébrale, il est nécessaire que ce dernier ait consenti au don d’organe par écrit. Le sujet demeure encore aujourd’hui un sujet sensible, raison pour laquelle chaque mois d’octobre depuis 1999 est « le mois de la promotion de la transplantation d’organe », l’occasion d’expliquer la transplantation mais aussi d’expliquer la mort cérébrale au Japon. Pourtant le besoin est réel, en 2014, il est recensé 14 000 demandeurs d’organe inscrits sur liste d’attente tandis qu’on estime en 2012 que 6 000 patients sont en état de mort cérébrale chaque année. Mais les japonais ont du mal à s’inscrire pour devenir donneur, puisqu’en 2002, seuls 7% y avaient adhéré, obligeant parfois certains parents à emmener leur enfant malade et en attente d’une greffe dans un pays étranger, où le coût de l’opération est très élevé, ou alors de faire appel au marché noir, le trafic d’organe. C’est en 2009, que le sujet progresse, puisqu’un nouvel amendement sur la loi de 1997 a est votée, dans laquelle on étend ce concept aux enfants de moins de 15 ans, mais surtout qui indique que tout individu devient automatiquement un donneur sauf preuve écrite de sa part expliquant le contraire, et à condition que ses parents expriment leur accord. Cependant, malgré quelques progrès venant de la part de l’Etat, les individus n’arrivent décidément pas à adhérer au don d’organe et le Japon est alors un des pays où le taux de transplantation est le plus faible : seuls 300 greffes sont réalisées en moyenne chaque année, alors qu’aux Etats-Unis de 7 000 à 8 000 greffes par an sont faites. En France, en 2015, on recense 5 746 greffes réalisées pour 21 378 demandeurs.

 

C’est ainsi que cette publicité pour « Second Life for Toys » a été élaborée ! L’objectif en utilisant ces peluches, est de sensibiliser principalement les enfants à l’importance d’être donneur. A cette fin l’opération de donner une seconde vie aux jouets est belle est bien réelle : les enfants (et les adultes par ailleurs) peuvent envoyer un jouet abimé dont ils n’ont plus vraiment d’utilité pour les envoyer en tant que donneur pour réparer un autre jouet cassé, le receveur. Une démarche nécessaire pour tenter de changer les mentalités à long terme.

 

 

 

Source : Second Life Toys, Ministère de la santé du Japon, Japan Times, Association Renaloo, France ADOT, Japan Organ Transplant Network.

Photo : Capture écran du site de Second Life Toys.

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