Quand le Japon veut promouvoir le travail des femmes

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Si la femme occupe une place centrale dans la famille au Japon, il est à constater que peu d’entre elles travaillent une fois qu’elles enfantent, et, si elles choisissent de le faire, encore moins de femmes parviennent à la tête d’entreprises ou occupent une place en politique. Retour sur un débat public inédit entre la France et le Japon qui s’était déroulé le 11 février à l’Assemblée Nationale.

Le travail : un choix ou un sacrifice

Organisé par le groupe d’amitié France-Japon de l’Assemblée Nationale, présidé par Pascale GOT, Présidente de ce groupe et Députée de la Gironde, dans le cadre d’échanges plus poussés entre nos deux pays, un débat public mené par François-Xavier MENAGE (« Capital », M6) avait eu lieu à l’Assemblée Nationale avec pour sujet la femme en politique et en entreprise. Intensifiées depuis 2012, ce colloque nous permettait de mieux comprendre la place des femmes dans la vie professionnelle au Japon mais aussi de nous demander comment changer la tendance suivante. En effet, rares sont les femmes qui parviennent à la direction de grandes entreprises au Japon ou sont des élues politiques, sans devoir sacrifier leur vie personnelle. Yuriko KOIKE, députée PLD et ancienne Ministre de la Défense (2007), elle était la première femme à accéder à ce poste, exprime ainsi avoir choisi la politique au détriment de sa vie personnelle, sans toutefois parler de sacrifice mais plutôt de choix, confessant avoir divorcé et n’ayant jamais eu d’enfants. Mais l’une d’entre elles y est parvenue néanmoins : Chikako SEKINE au sein du groupe cosmétique Sisheido. Elle explique alors que le groupe Shiseido a apporté beaucoup pour les femmes au Japon et a ainsi apporté des idées novatrices en matière d’égalité avec notamment une réforme du travail médiatisée en 2014, puisque l’entreprise emploie majoritairement des femmes, 83% des employés du groupe au Japon sont des femmes et propose une crèche et un système d’aménagement du temps de travail pour les jeunes mères. Si elle travaille au sein du groupe depuis 1972, elle a vécu sa vie de famille avant de grimper les échelons de la direction du groupe à partir de 2003, au point d’être élue « Femme de l’année » par Nikkei Woman. Mais le groupe Shiseido semble être un cas à part au regard de l’objectif annoncé des femmes à la tête d’entreprises, même si il semble que d’autres entreprises s’intéressent à cette réforme du travail. Or aujourd’hui les conseils d’administration des entreprises japonaises n’accueillent que 5% de femmes, et c’est une volonté du gouvernement de Shinzo ABE que de l’élever à 40% [MàJ: objectif de 30% d’après les chiffres du gouvernement japonais].

Pascale GOT, Présidente du groupe d’amitié France-Japon à l’Assemblée Nationale et Députée de la Gironde

Une situation amenée à évoluer ?

Car il faut le souligner : Shinzo ABE tend à accorder davantage de femmes dans les hautes sphères politiques comme entrepreneuriales, en atteste ses projets de réformes appelées Womenomics. L’objectif est d’accorder plus de places aux femmes dans les entreprises, grâce à la création de structures d’accueil pour les enfants mais aussi en leur accordant davantage de place à la direction de ces entreprises. Cependant, il faut reconnaître que la société japonaise est loin d’accepter ce fait, bien que les femmes japonaises aillent majoritairement à l’université puis travaillent ensuite, peu d’entre elles continuent à travailler une fois mariée et mère de famille. Et pourtant, lors de la période de prospérité économique, au cours des années 1970 beaucoup de femmes japonaises travaillaient et il existait, en dehors des grandes villes, des structures pour les enfants permettant alors aux femmes de province de de s’épanouir dans leur vie professionnelle. Si après remaniement de septembre 2014, le Premier Ministre, Shinzo ABE avait nommé 5 femmes à des ministères. Nous sommes encore loin de la parité d’autant que des scandales financiers ont ternis la carrière de deux d’entre elles. Mais soulignons aussi que si ces nominations ont une portée symbolique d’ampleur pour la cause des femmes, il est à déplorer que dans la Diète, qu’il s’agisse de la Chambre Haute ou la Chambre Basse, peu de femmes sont élues. Cela s’explique par le système des élections législatives. Yuriko KOIKE rappelle alors que c’est par la politique, insistant alors sur la nécessité de l’acception des femmes en politique afin que la parité en société soit visible, que les mentalités seront amenées à être bousculées, et rappelle également qu’une ombre plane sur le Japon, celui de la chute démographique, n’hésitant pas à plaisanter sur le fait que le « Japonais risque d’être une espèce rare ». Elle souligne alors que le Japon, société qui fonctionne sur l’héritage (au sens de la transmission), tend dorénavant à légitimer de plus en plus les épouses et filles de politique pour reprendre le flambeau. L’ancienne Ministre rappelle alors qu’il y a deux enjeux pour mener à bien la parité hommes-femmes : régler le problème de la baisse de la natalité mais aussi l’épanouissement personnel de la femme pour que cette dernière prenne toute sa place dans le secteur du travail.

Yuriko KOIKE, membre de la Chambre des Représentants et  Ministre de la Défense du Japon en 2007

Le changement des mentalités s’avère compliqué. Yuriko KOIKE espère ainsi que lors des prochaines élections de la Chambre Haute l’été prochain, où pour la première fois des citoyens pourront voter à partir de 18 ans, que les électeurs penseront à élire davantage de femmes. D’autant que le Japon accueillera également le prochain G7, elle souhaite ainsi que la question des femmes fasse partie des sujets centraux de ce grand rendez-vous.

Photo : Blackcat Japan FM

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