Rétrospective ARAKI au Musée Guimet

Pas de commentaire

2016 semble être l’année ARAKI. En parallèle de  » Polanography  » à la galerie &co119, retrouvez la plus grosse rétrospective jamais présentée en France sur le prolifique photographe au musée Guimet.

[N.B du 13.04.2016: L’artiste ayant pris beaucoup de femmes nues en photo, le contenu de cette exposition peut heurter la sensibilité des plus jeunes.]

Ce n’est pas la première fois que Nobuyoshi ARAKI expose ses œuvres en France, en atteste des expositions qui lui sont consacrées à la Fondation Cartier (1995), au Centre National de la Photographie (2000) et au Palais de Tokyo (2005). Mais cette rétrospective au Musée Guimet est un évènement en étant la première de cette ampleur, et surtout propose une série de photographies inédites intitulée « Tokyo Tombeau ».

Vue d’ensemble de la série « Tokyo tombeau », ©Blackcat Japan FM

ARAKI au Musée Guimet propose de nous faire découvrir ou redécouvrir 50 ans de carrière du sulfureux photographe à travers une sélection de plus de 400 photographies. Difficile choix que de sélectionner un certain nombre d’œuvres d’ARAKI, car ce dernier a mémorisé toute sa vie avec son appareil photo. Il disait en effet, « la photographie c’est la vie. Et la vie est un voyage sentimental » ou encore « prendre des photos revient à vivre ». Ainsi toutes les personnes qu’il a rencontré, tout ce qu’il voit, chaque instant de sa vie est enregistrée sur pellicule. En atteste la bibliothèque installée à l’entrée de l’exposition montrant une belle partie des livres de photos qu’il a publié au cours de sa vie, dont lui-même ne sait plus exactement combien il en a réalisé.

La bibliothèque introduisant la rétrospective ARAKI où ne se trouve qu’une partie des oeuvres publiées du photographe, ©Blackcat Japan FM

Si la plupart des photos sont très suggestives, l’exposition est loin d’être provocatrice, mais reflète bel et bien l’amour du photographe pour les femmes. Et de toutes les femmes : son épouse Yoko bien entendu, mais aussi toutes les autres : japonaises, enceintes, ayant subi une mastectomie, des occidentales, Charlotte RAMPLING ! De même ce Maître de la photographie a réalisé une série de photos en noir et blanc, toujours très érotiques, sur lesquels il a ajouté de la peinture, et que vous pourrez voir dans la partie « Photographies peintes », abhorrant la perfection, soulignant davantage l’intérêt qu’il porte envers toutes les femmes. Ses thèmes de prédilection sont le sexe et la mort, mais au final ARAKI est un amoureux de la vie. Plus tôt, nous vous disions que chaque moment de la vie d’ARAKI a été photographiée et le photographe lui-même s’amuse à provoquer en disant qu’à peine « sorti du ventre de [sa] mère, [il s’est] retourné et [a] photographié le sexe de [sa] mère » disait-il dans une interview accordée à Jérôme SANS pour le livre ARAKI de Taschen. Si cette anecdote sort tout droit de son imagination, elle révèle la fréquence d’utilisation de son appareil photo pour mémoriser chaque instant, et par exemple, ARAKI se servait de son objectif comme de son sexe, n’hésitant pas à photographier son sujet au moment de la jouissance, ou à se servir du kinbaku (l’art de nouer avec des cordes) comme d’un instrument destiné à ligoter l’objet de son désir et à capter cet instant, comme si ARAKI tentait de percer leur intimité, « parce qu’[il sait] qu’[il] ne peut attacher leur âme ».

Portrait d’Araki, « Imparfait – Futur (Past tense – Future » », 1979-2011/2012, ©Nobuyoshi Araki/Courtesy Taka Ishii Gallery

A ceux qui se demanderaient en quoi ARAKI est-il un maître de la photographie, et non un pervers muni d’une caméra, n’en déplaise à ses détracteurs qui ont jeté des cocktails Molotov sur l’affiche de l’exposition ARAKI au musée de la photographie de Charleroi en 2006 ? Il suffit de s’arrêter à la partie de l’exposition consacrée aux « Photographies anciennes du Musée Guimet », les Yokohama Shashin datant de l’ère Meiji  pour se rendre compte que des portraits érotisés de femmes, poitrine dénudée, existaient déjà ainsi que des images de fleurs colorisées, dont on trouve une interprétation nouvelle sitôt qu’on repense à ARAKI. Ou encore les photographies de prisonniers japonais dont les mains ont été ligotées dans le dos, rappelant aisément les photographies d’ARAKI mettant en scène des femmes ligotées selon le rite du kinbaku. L’essence même de son travail ne peut donc être remise en question puisque le photographe ne fait que traiter des thèmes déjà existant dans l’Histoire du Japon tout en y ajoutant sa touche personnelle très contemporaine. D’ailleurs, parlant de ses œuvres et particulièrement de sa série sur les fleurs, ARAKI affirme que « si ma photographie est érotique, c’est que le sujet l’est. ».

« Fleurs (Flowers) », 1985/2008, ©Nobuyoshi Araki/Courtesy Taka Ishii Gallery

 

ARAKI, dont l’appareil photo est devenu un moyen d’écrire une vie fictionnelle puisque « la photographie ne peut pas être la vérité ! Ou alors, c’est une autre vérité. » propose aussi en quelque sorte sa nécrologie ou biographie post-mortem avec une série inédite conçue tel un rouleau narratif, un emakimono, « Tokyo tombeau », où sont réunies des photographies anciennes comme récentes, imaginant qu’elles sont prises depuis l’au-delà où dans laquelle la vie d’ARAKI se révèle être un mélange entre Paradis et Enfer.

Autour de cette rétrospective, le musée Guimet organise de nombreuses diffusions de documentaires sur des personnalités japonaises tel Takeshi KITANO, des diffusions de films de Nagisa OSHIMA mais aussi de réalisateurs japonais méconnus en France comme Hitoshi MATSUMOTO. Si vous avez encore faim d’ARAKI après cette rétrospective, n’oubliez pas qu’est toujours d’actualité la série « Polanography » à la galerie &co119 jusqu’au 25 juin 2016.

ARAKI au Musée Guimet du 13 avril au 5 septembre 2016.

6, place d’Iéna 75016 Paris.

Ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf le mardi.

Photo : Blackcat Japan FM

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