Noémie NAKAI, portrait d’une jeune réalisatrice prometteuse

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A bientôt 30 ans, Noémie NAKAI n’est pas qu’une actrice franco-japonaise qui a joué dans plusieurs drama et films. Elle est également réalisatrice, avec succès puisque son dernier court-métrage a été acquis par The New York Times et que son prochain projet de film a été récompensé à l’Asian Project Market du dernier Festival International du Film de Busan ! Lors d’une longue interview par visioconférence, Noémie NAKAI se dévoile en toute transparence sur sa prometteuse carrière de réalisatrice, sa vie en tant que franco-japonaise et ses projets futurs.

Celles et ceux qui suivaient déjà @tokyoatparis sur Instagram à l’époque où  j’étais journaliste pour Japan FM  la reconnaîtront puisqu’elle a été notre traductrice-interprète sur les nombreuses interviews effectuées à Japan Expo en 2017 ! Noémie NAKAI était alors déjà actrice et mannequin ayant travaillé sur des publicités, des clips et des drama à succès comme Itazura na Kiss 2 ~ Love in Tokyo, Watashi wo hanasanaide, Death Note : nouvelle génération ou encore dans le film récompensé à Cannes en 2017, Vers la lumière de Naomi KAWASE. Si Noémie NAKAI a récemment été médiatisée, c’est en tant que réalisatrice en obtenant en octobre 2019 le Busan Award dans la section Asian Project Market (plateforme de coproduction permettant aux réalisateurs émergents de rencontrer les professionnels du marché sur un plan international) du Festival International du Film de Busan pour le projet de Topography of Solitude. Plus récemment, son dernier court-métrage documentaire, Tears Teacher, a été acquis par la section Op Docs du prestigieux New York Times.

Avant ce court documentaire, Noémie NAKAI a réalisé deux courts-métrages : Touch (2019), un poème visuel expérimental sur le deuil et la difficulté à laisser partir, et The Last Dream (2017), un court sur l’exploitation des rêves des rares humains ayant conservé la capacité à rêver. Ce dernier est sa toute première réalisation.

Si Noémie NAKAI est passée de l’autre côté de la caméra c’est un peu par hasard. Participant à un festival de cinéma avec Carmen KOBAYASHI (qui joue dans The Last Dream), elle ressent le désir de faire un film dans lequel toutes deux voudraient jouer, c’est ainsi qu’est née cette nouvelle vocation. Entre temps, elle travaille en tant qu’assistante sur des films tels que The Outsider de Martin ZANDVLIET, pour mieux comprendre l’univers de la réalisation.

Quant à Tears Teacher, elle voulait d’abord parler du surprenant métier de Hidefumi YOSHIDA à travers une fiction, mais a finalement opté pour le format documentaire pour évoquer le ruikatsu (la thérapie par les larmes). Bien que ce soit son premier documentaire, le professeur a rapidement accepté d’être filmé par la jeune réalisatrice, lui proposant de tourner à l’occasion d’un workshop rassemblant un petit nombre de participants ayant tous donné leur accord.  Ce qui est assez étonnant, car nous pourrions penser que pleurer, exprimer ses émotions en public serait un tabou au Japon. Ce que Noémie NAKAI confirme, précisant que si pour le professeur, il n’est pas grave de pleurer, invitant les participants à assumer leur vulnérabilité, il ne lui est pas possible  de considérer sa thérapie par les larmes comme une forme de psychothérapie, ou comme un moyen de lutter contre la dépression, car ces derniers sont associés aux maladies mentales, un sujet encore plus tabou, au sein de la société japonaise. Le film a reçu de nombreux retours positifs que ce soit au Japon mais aussi à l’étranger, à la surprise de la réalisatrice. Quoiqu’il en soit, elle a l’a présenté au festival Hot Docs (en ligne en raison du contexte) et c’est ainsi que Tears Teacher a été repéré par The New York Times.

Que ce soit dans Tears Teacher ou dans ses précédents courts-métrages, un sujet principal émerge : la vulnérabilité. Mais n’allez surtout pas voir la vulnérabilité comme une faiblesse, au contraire ! Si elle peut facilement l’expliquer en français ou en anglais, il est bien difficile pour Noémie NAKAI de l’exprimer en japonais.

Je n’arrive jamais à trouver un mot pour exprimer la vulnérabilité en japonais. Au Japon, il y a un mot pour expliquer le fait d’être faible, qui n’est pas la vulnérabilité. Lorsque je fais des interviews en japonais, j’ai du mal à expliquer ce concept  d’être toi, d’accepter ce que tu es. Je suppose que ça en dit long que je n’arrive pas à trouver de mot qui explique ce que j’essaie de faire.

Grâce aux nombreux retours sur son documentaire, Noémie NAKAI constate que cette difficulté à être soi-même, pas uniquement au Japon où le concept d’uchi et soto et de honne et tatemae reste prévalent, est très présent dans le monde y compris chez les jeunes générations. La faute probablement à l’omniprésence des SNS, et ce qui lui semblait être un sujet typiquement japonais avec Tears Teacher est au final un sujet universel.

Peut-être aussi que son intérêt pour ce thème de la vulnérabilité comme l’expression de soi-même  réside dans son métissage et dans le fait qu’elle ait vécu en France, au Japon et en Angleterre (où elle réside). D’ailleurs, son métissage n’a pas été un réel problème dans un Japon où être hâfu est difficilement perçu. Nous discutons de ce sujet, et la jeune femme souligne une différence de perception entre les différents métissages. Dans son cas, elle est une métisse franco-japonaise, ce qui est un peu mieux considéré.  

Je n’ai pas vraiment eu la vie dure à cause ou grâce à cela. Mais j’ai passé beaucoup d’années à me comporter de façon très différente en fonction des gens avec qui j’étais. Par exemple, une fois qu’un Japonais comprenait que je parlais japonais, il me considérait comme Japonaise et essayait d’oublier complètement que j’étais métisse (…) et me mettait ensuite dans une case dont je ne devais pas dépasser les limites. Il y a eu plusieurs années où je n’étais pas forcément confortable avec moi-même. (…) Avec l’âge, je me suis dit que j’allais me planter au milieu et que si ça gênait quelqu’un, ce n’était pas mon problème.

Elle recommande au passage la lecture d’un livre qui l’a beaucoup aidé à comprendre et accepter son identité, Vivre l’espace au Japon d’Augustin BERCQUE. Une autre anecdote permet de saisir un peu plus Noémie NAKAI. Plus jeune, elle souhaitait travailler à l’ONU pour changer le monde. Hélas, elle n’y est pas parvenue. Mais il y a un évènement qui l’a poussée à vouloir travailler pour l’organisation : vers l’âge de 12 ans, elle visionne Lord of War d’Andrew NICCOL, grâce auquel elle comprend que la corruption existe dans ce monde. Elle ressent alors l’envie de s’engager et exprimer au monde entier la réalité du monde. C’est donc un film qui lui a ouvert les yeux et c’est alors finalement peu étonnant qu’elle se soit tournée vers le cinéma ! Il serait facile de penser que le réalisation lui permettrait d’imposer sa vision du monde, pourtant, Noémie NAKAI ne prétend absolument pas vouloir changer le monde à travers ses films. En tant que réalisatrice, elle souhaite « entrouvrir une porte qui jusqu’à présent était fermée » afin que celles et ceux qui regardement ses films ne voient pas le monde de façon binaire.

Essayer de créer un entre deux pour des gens qui ne s’entendent pas ou ne se comprennent pas. C’est très connecté avec tout ce que je fais avec le thème de la vulnérabilité.

Et si elle s’est tournée vers la réalisation et l’écriture de scénario, c’est davantage par l’envie de créer quelque chose par elle-même. N’allez pas croire cependant que Noémie NAKAI a mis fin à sa carrière d’actrice  puisqu’elle apprécie les deux côtés de la caméra ! Elle est sur des projets en cours mais dont elle ne peut parler car ils attendent une date de reprise en fonction de la situation sanitaire. Mais le fait de réaliser des films lui a permis de voir son métier d’actrice d’une autre manière et de ressentir moins de pression avant les tournages.

Actuellement, Noémie NAKAI profite de cette pause forcée par la COVID-19 en travaillant sur son prochain film, un long-métrage, adaptant le projet en développement pour lequel elle a été récompensé à Busan en octobre dernier. Son prochain film en tant que réalisatrice sera Nana’s Blues racontant les aventures d’une grand-mère criminelle sortant de prison et qui fera tout pour revoir ses amies toujours enfermées. Bien que le synopsis touche au thème de la solitude et à la notion de famille, la réalisatrice indique que ce sera drôle et espère tourner son long-métrage en 2021. Sur ce projet, elle est soutenue par le programme Sundance Institute/NHK Award (qui aide les jeunes réalisateurs). Parmi ses autres  projets, il y a également le tournage de l’adaptation en série de Tokyo Vice (de Jake ADELSTEIN) et dont le pilote est réalisé par Michael MANN ! Sur cette série, elle est assistante du réalisateur. Si le tournage devait se dérouler vers février, le coronavirus a également mis ce projet en suspens, et attend que l’équipe américaine puisse revenir au Japon.

Remerciements à Noémie NAKAI

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