Un regard sur Hajimete no otsukai ou Comme les grands !

20 épisodes de Comme les grands ont débarqué sur Netflix depuis la fin mars 2022 ! Et cette émission de télé-réalité japonaise créée il y a 30 ans fait beaucoup de bruit sur internet, soutenue d’une part par de nombreux internautes trouvant le concept très mignon, suscitant l’incompréhension d’autres qui pointent du doigt l’irresponsabilité de l’émission.

Vous êtes peut-être tombé sur Comme les grands en cherchant une nouveauté venue du Japon à regarder sur Netflix ou peut-être qu’en traînant sur internet vous êtes tombé sur un post parlant de Hajimete no Otsukai (はじめてのおつかい ou traduit en anglais par Old Enough !) ? Netflix a racheté les droits de diffusion de cette télé-réalité japonaise qui étaient initialement diffusé à partir de 1991 comme programme dans une émission sur Nippon TV et qui avait eu un grand succès auprès des téléspectateurs. Ce programme était lui-même inspiré du livre éponyme pour enfants de Yoriko TSUTSUI publié en 1977 et traduit en anglais Miki’s first errand (Les premières commissions de Miki). Le livre raconte tout simplement la première commission en solo de Miki âgée de 5 ans, une tâche relevée avec brio malgré de nombreux défis sur son chemin. Le concept du programme TV est bien le même que dans le livre en montrant un ou des parents confier à leur enfant, âgé de seulement 2 à 6 ans, une tâche domestique à réaliser seul, la plupart du temps il s’agit d’aller faire quelques courses dans un magasin ou d’apporter un objet oublié à un parent. Présent pour les étrangers sur Netflix depuis fin mars 2022, les abonnés ont droit à un nouveau montage, raccourci en 8 à 15 minutes par épisode, se concentrant exclusivement sur l’enfant et sa mission à accomplir. Si l’émission dans laquelle était diffusée Hajimete no otsukai n’existe plus depuis 1994, le programme a continué à être diffusé au Japon de manière ponctuelle, en segment de 2 à 3h, avec aussi des numéros spéciaux. Depuis que ce programme est apparu sur Netflix, on peut lire des articles et des commentaires positifs sur internet. Effectivement, comment ne pas fondre devant ces jeunes enfants qui font tout leur possible pour mener à bien la mission qui leur a été confiée ? Mais il y’a aussi des critiques très négatives, me semble-t-il principalement en anglais mais aussi en français. Ces personnes accusent les parents de jeter en pâture leurs enfants en bas âge, envoyés seuls dans un monde extérieur dangereux. Certains supposent qu’il s’agit de conditionner l’enfant à travailler, quand d’autres emploient même le terme de coercition ! La réalité est que dans le cadre de l’émission, il y a toujours une équipe qui supervise les enfants et tout ce qui se passe. On peut d’ailleurs régulièrement apercevoir un caméraman dans les épisodes, et parfois cela donne des scènes assez touchantes car l’équipe technique doit suivre ces enfants. Il arrive que ces enfants débordent d’énergie, en atteste l’épisode n°5 où on voit deux enfants dont la mission consiste à acheter différentes choses vers le temple, et que l’équipe ait un peu de mal à suivre. Donc non, ces enfants ne sont pas laissés complètement seuls. Mais oui, il arrive qu’au Japon, un enfant puisse avoir quelques responsabilités dès son jeune âge mais c’est également ainsi qu’il appréhende progressivement le sens de la vie en société. C’est alors ignorer, de la part des détracteurs, qu’une société fonctionne différemment d’un pays à un autre, d’une culture à une autre. Bien que le Japon soit considéré comme l’un des pays les plus sûrs au monde, cela n’ôte pas le danger, l’actualité japonaise contient assez de récits terribles de crimes commis sur des enfants. Mais la société japonaise s’adapte, et par exemple, il y a eu la mise sur le marché des buzzer d’urgence que les enfants portent sur eux, que les Japonais ont très vite adopté. Il est donc erroné de penser, de juger hâtivement, qu’il s’agit d’une attitude irresponsable de la part des parents. Depuis la restauration de Meiji, comme nous l’avions pu constater dans la dernière exposition à la MCJP, il y a une nouvelle approche en termes d’éducation des enfants, visant à privilégier l’individualisme et favoriser ainsi l’ascension sociale. Cette méthode permet l’autonomie de l’enfant tout en lui donnant conscience de la vie collective et de la cohésion sociale à travers le respect des règles ou la participation aux tâches ménagères à l’école. Cet apprentissage débute dès le plus jeune âge et c’est tout naturellement qu’en intégrant l’école primaire, les enfants savent comment rentrer seuls chez eux depuis leur école. Comprenez alors qu’ils savent non seulement le chemin par cœur, mais ils connaissent aussi parfaitement leur environnement afin de rentrer en toute sécurité voire en sachant quoi faire ou à qui s’adresser en cas d’urgence. Comme on peut le voir dans différents épisodes, les commerçants ne sont pas inconnus pour les enfants et agissent avec d’autant plus de bienveillance avec eux en réalisant qu’ils effectuent leur première commission. Ils les soutiennent de leur côté à accomplir avec succès leur tâche et font souvent un geste commercial en guise d’encouragement ! Est-il également utile de préciser que contrairement à ce que ce programme nous montre, les parents japonais n’incitent pas vraiment leurs enfants à faire des courses en solo dès l’âge de 2 ou 3 ans. C’est un trait exagéré par l’émission, démontrant toutefois à quel point un enfant peut être responsable dès le plus jeune âge ! Il ne s’agit donc pas de prétendre qu’il n’y a pas de crimes ni agressions au Japon, il ne faut au contraire vraiment pas ignorer que des problèmes existent au sein de la société japonaise. Mais confier des petites commissions à un jeune enfant n’en fait pas partie. Cela peut surprendre, mais il semble aussi que ce sujet dérange davantage aux Etats-Unis qu’ailleurs en raison des différences sociétales. En France, s’il n’est pas recommandé de laisser seul son enfant chez soit sans surveillance par exemple, ce n’est pas illégal. Il existe cependant la notion de délaissement de mineur, qui est une infraction pénale. Au Japon, aucune règle de cette sorte existe. A ma connaissance, qu’un enfant rentre seul chez lui et y attendre sagement le retour de ses parents reste toujours quelque chose de courant. Il y’a certes une loi qui a été promulguée en 2000 au Japon, protégeant les enfants contre la maltraitance. Car au-delà des accusations émergeant aujourd’hui avec la diffusion sur Netflix, des critiques au sein de la société japonaise existent aussi, dès les années 90 et surtout depuis le début des années 2000, après que plusieurs crimes contre des enfants aient été perpétrés et médiatisés. D’après un spécialiste en criminologie enseignant à l’Université Rissho à Tôkyô, Nobuo KOMIYA, ce type de programme peindrait une vision erronée d’une société japonaise sûre. Ce serait un mythe façonné par les médias. Même les fans japonais de Hajimete no otsukai reconnaitraient aujourd’hui que ce qui est montré n’est plus vraiment adapté à notre époque. Pour ma part, considérant la télévision plutôt comme un objet de divertissement, et de mon point de vue d’étrangère, je ne qualifie donc pas Hajimete no otsukai de « programme terrible » pour reprendre les termes de Nobuo KOMIYA dans l’article du New York Times. Comme indiqué sur Netflix, il s’agit d’une émission de télé-réalité et c’est donc à regarder comme du divertissement !

  • Comme les grands, 20 épisodes sur Netflix.

Photo principale : screenshot Comme les grands, Netflix

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